Sahara occidental — Autodétermination du peuple sahraoui
Le peuple sahraoui lutte pour son droit à l'autodétermination face à l'occupation marocaine depuis 1975, malgré les résolutions de l'ONU en sa faveur.
Le conflit du Sahara occidental, dernière colonie d’Afrique, demeure une question non résolue depuis le départ de la puissance coloniale espagnole en 1975. Le peuple sahraoui, représenté par le Front Polisario, lutte pour son droit à l’autodétermination face à l’occupation marocaine, malgré les résolutions des Nations unies en sa faveur. Cette lutte prolongée a façonné l’histoire contemporaine du Maghreb, créant une situation géopolitique complexe et une crise humanitaire durable.
Le contexte historique de cette lutte prend racine à la fin du XIXe siècle, avec la colonisation du territoire par l’Espagne en 1884. Pendant des décennies, le Sahara occidental est resté sous domination espagnole, ses populations nomades étant largement ignorées. C’est au lendemain des indépendances, notamment celle du Maroc en 1956, que les revendications territoriales émergent. Le Maroc, s’appuyant sur une vision historique du « Grand Maroc », considère ce territoire comme partie intégrante de son royaume. En 1975, alors que l’Espagne se prépare à se retirer, la Cour internationale de justice reconnaît les liens d’allégeance passés entre certaines tribus sahraouies et le sultan du Maroc, mais conclut que ces liens ne justifient pas une souveraineté territoriale et préconise un référendum d’autodétermination. Faisant fi de cet avis, le roi Hassan II lance la « Marche verte » en novembre 1975, envoyant 350 000 civils marocains franchir la frontière. Cet événement contraint l’Espagne à signer les accords de Madrid, partageant l’administration du territoire entre le Maroc et la Mauritanie.
Cette partition marque le début d’un long conflit armé. Le Front Polisario, un mouvement de libération nationale sahraoui créé en 1973 pour lutter contre l’occupant espagnol, se retourne contre les nouvelles puissances occupantes. Soutenu par l’Algérie, qui voit d’un mauvais œil l’expansion de son voisin, le Polisario mène une guérilla efficace. En 1979, la Mauritanie, épuisée par le conflit, signe un accord de paix avec le Polisario et se retire du sud du territoire, qui est immédiatement annexé par le Maroc. La guerre se poursuit entre le Maroc et le Front Polisario jusqu’en 1991, date à laquelle un cessez-le-feu est signé sous l’égide des Nations unies. Ce cessez-le-feu est assorti de la promesse d’organiser un référendum d’autodétermination, qui, plus de trente ans après, n’a toujours pas eu lieu, en raison de désaccords persistants sur la composition du corps électoral.
La situation actuelle est celle d’un statu quo précaire. Le Maroc contrôle et administre environ 80 % du territoire, qu’il nomme ses « provinces du Sud » et où il a massivement investi. Le Front Polisario contrôle les 20 % restants, une zone largement désertique à l’est du mur de défense marocain, une barrière de sable et de pierre de plus de 2 700 km. Les enjeux contemporains sont multiples. Sur le plan économique, le territoire regorge de ressources naturelles, notamment des phosphates, des gisements halieutiques parmi les plus riches du monde et un potentiel pétrolier et gazier offshore. L’exploitation de ces ressources par le Maroc est dénoncée par le Front Polisario comme un pillage illégal. Sur le plan géopolitique, le conflit cristallise la rivalité entre le Maroc et l’Algérie, paralysant l’Union du Maghreb arabe et constituant une menace permanente pour la stabilité régionale.
Les acteurs principaux de ce conflit sont, d’une part, le Front Polisario, qui a proclamé la République arabe sahraouie démocratique (RASD) en 1976, reconnue par de nombreux pays et membre de l’Union africaine, et d’autre part, le Royaume du Maroc. L’Algérie joue un rôle crucial en tant que principal soutien politique, militaire et diplomatique du Polisario, accueillant sur son sol, dans la région de Tindouf, des dizaines de milliers de réfugiés sahraouis depuis 1975. Les Nations unies, à travers leur mission, la MINURSO, tentent sans succès de trouver une issue politique. La résistance sahraouie, initialement armée, a également pris des formes civiles et pacifiques dans les territoires occupés, où les militants des droits de l’homme dénoncent une répression féroce, ainsi qu’une intense activité diplomatique sur la scène internationale.
Les perspectives d’avenir restent sombres. Le processus de paix est dans une impasse totale. Le Maroc propose un plan d’autonomie sous sa souveraineté, qu’il considère comme la seule et unique solution. Le Front Polisario, quant à lui, s’en tient à l’organisation d’un référendum d’autodétermination incluant l’option de l’indépendance. La rupture du cessez-le-feu en novembre 2020, suite à une opération militaire marocaine dans la zone tampon de Guerguerat, a ravivé les tensions et entraîné une reprise des hostilités de faible intensité. Le principal défi demeure la résolution de cette impasse politique pour mettre fin à la souffrance du peuple sahraoui, notamment celle des réfugiés qui vivent dans des conditions extrêmement précaires depuis près d’un demi-siècle, et pour dénouer une crise qui hypothèque l’avenir de toute la région maghrébine.