Mouvement #RhodesMustFall — Décolonisation universitaire
Mouvement étudiant né en Afrique du Sud en 2015 pour la décolonisation des universités, la suppression des symboles coloniaux et la transformation des curricula.
Le mouvement #RhodesMustFall a émergé en mars 2015 sur le campus de l'Université du Cap (UCT) en Afrique du Sud, catalysé par un acte de protestation symbolique : le jet d'excréments sur la statue de Cecil John Rhodes, magnat des mines et figure de l'impérialisme britannique. Cet événement a rapidement évolué pour devenir un mouvement étudiant d'envergure nationale, puis internationale, exigeant la décolonisation de l'enseignement supérieur. Le contexte post-apartheid de l'Afrique du Sud est crucial pour comprendre cette mobilisation. Vingt ans après la fin du régime de ségrégation raciale, les inégalités structurelles persistaient, notamment au sein des institutions universitaires où les directions et les corps professoraux restaient majoritairement blancs, et les programmes d'études largement eurocentrés.
La statue de Rhodes, érigée en 1934 en remerciement d'un don de terrain pour la construction de l'université, est devenue le point de cristallisation des frustrations. Pour les étudiants mobilisés, elle symbolisait l'oppression coloniale, la suprématie blanche et la persistance d'un racisme institutionnel. La contestation ne se limitait pas à ce symbole, mais portait des revendications plus profondes sur la nécessité de « décoloniser le savoir ». Cela impliquait une remise en question des canons académiques occidentaux, une revalorisation des savoirs africains et une transformation structurelle des universités pour qu'elles reflètent la diversité de la société sud-africaine. Le mouvement a ainsi mis en lumière les tensions raciales et sociales persistantes dans un pays encore hanté par les démons de l'apartheid.
Bien que la statue de Rhodes à l'UCT ait été retirée le 9 avril 2015, le mouvement a essaimé bien au-delà, inspirant des actions similaires dans d'autres universités en Afrique du Sud (comme à Stellenbosch et Pretoria) et à l'étranger, notamment à l'Université d'Oxford au Royaume-Uni. L'enjeu contemporain principal reste la décolonisation des curricula et des institutions. Les militants dénoncent des programmes qui ignorent ou marginalisent les contributions intellectuelles, culturelles et historiques du Sud global, perpétuant une vision du monde eurocentrique. La lutte porte également sur l'accès à l'éducation, avec des protestations contre l'augmentation des frais de scolarité (#FeesMustFall) qui pénalisent les étudiants noirs et issus de milieux défavorisés, ainsi que sur les conditions de logement et la composition raciale du personnel académique.
Le mouvement #RhodesMustFall est principalement porté par des collectifs étudiants et des membres du personnel académique qui se sont organisés de manière largement décentralisée. Le collectif « RMF » de l'Université du Cap a été le fer de lance initial, utilisant une variété de tactiques de résistance. Celles-ci incluent des manifestations, l'occupation de bâtiments administratifs, des campagnes virales sur les réseaux sociaux sous le hashtag #RhodesMustFall, ainsi que des actes de désobéissance civile. Des partis politiques, notamment les Combattants pour la liberté économique (EFF) de Julius Malema, ont également soutenu le mouvement, appelant à une destruction plus large des symboles liés à l'histoire de la domination blanche dans le pays.
Les perspectives du mouvement sont complexes. S'il a remporté des victoires symboliques importantes et a durablement installé la question de la décolonisation au cœur du débat public et académique mondial, les défis restent immenses. La transformation des programmes d'études est un processus lent et souvent conflictuel, qui se heurte à des résistances institutionnelles et idéologiques. De plus, la question de la décolonisation est intrinsèquement liée à des enjeux économiques et sociaux plus larges, tels que la lutte contre les inégalités et la redistribution des richesses. Le défi futur pour les acteurs de ce mouvement est de traduire l'élan contestataire en changements structurels pérennes au sein de l'université et au-delà, pour construire un système éducatif véritablement inclusif et émancipateur.