Mouvement anti-CFA — Souveraineté monétaire africaine
Mouvement panafricain pour l'abolition du franc CFA, symbole de la domination monétaire française sur 14 pays africains depuis les indépendances.
Le franc CFA (franc des Colonies Françaises d’Afrique, puis franc de la Communauté Financière Africaine pour l’UEMOA et franc de la Coopération Financière en Afrique centrale pour la CEMAC) est une monnaie qui a été créée en 1945, dans le sillage des accords de Bretton Woods. Conçu pour assurer la stabilité économique des colonies françaises, il a survécu aux indépendances et continue de régir l’économie de quatorze pays africains, répartis en deux zones monétaires distinctes (UEMOA et CEMAC). Son architecture repose sur une parité fixe avec le franc français, puis l’euro, et une centralisation des réserves de change auprès du Trésor français. Ce mécanisme, présenté comme un gage de stabilité macroéconomique, est de plus en plus contesté et perçu comme un anachronisme post-colonial, entravant le développement et la souveraineté des nations africaines.
Historiquement, le franc CFA a permis de contenir l’inflation et de faciliter les échanges avec la France et l’Europe. Cependant, ses détracteurs, nombreux depuis les indépendances, soulignent son coût élevé en termes de souveraineté. L’obligation pour les banques centrales africaines de déposer 50% de leurs réserves de change auprès du Trésor français est particulièrement critiquée, car elle est perçue comme une ponction sur les ressources africaines et une limitation de la capacité des États à financer leur développement. De plus, la politique monétaire étant arrimée à celle de la Banque Centrale Européenne, elle ne permet pas de répondre de manière flexible aux chocs économiques spécifiques que peuvent rencontrer les pays de la zone franc. La surévaluation du franc CFA, qui favorise les importations au détriment des exportations, est également un frein majeur à l’industrialisation et à la diversification des économies locales.
Face à ces critiques, la situation a récemment évolué, notamment en Afrique de l’Ouest. En 2020, les huit pays de l’UEMOA ont engagé une réforme majeure, actant la fin du franc CFA et son remplacement par une nouvelle monnaie, l’Eco. Cette réforme prévoit la fin de la centralisation des réserves de change en France et le retrait des représentants français des instances de gouvernance de la banque centrale. Cependant, la parité fixe avec l’euro est maintenue, ce qui continue de nourrir le débat sur une souveraineté monétaire encore incomplète. En Afrique centrale, la CEMAC n’a pour l’instant pas engagé de réforme similaire, mais les discussions sur l’avenir du franc CFA y sont également vives. L’enjeu contemporain majeur est donc de définir les contours d’une véritable souveraineté monétaire, qui permettrait aux pays africains de battre leur propre monnaie et de mettre en œuvre des politiques économiques adaptées à leurs besoins spécifiques.
Le mouvement pour l’abolition du franc CFA est porté par une diversité d’acteurs. Des économistes comme le Togolais Kako Nubukpo ou le Sénégalais Ndongo Samba Sylla ont largement contribué, par leurs écrits et leurs interventions publiques, à populariser la critique du système CFA. Des mouvements citoyens et panafricanistes, à l’instar d’Urgences Panafricanistes initié par l’activiste Kemi Seba, organisent régulièrement des manifestations et des actions de sensibilisation pour exiger la fin de ce qu’ils qualifient de "servitude monétaire". La résistance s’exprime également sur le terrain artistique, à travers des chansons, des films ou des œuvres littéraires qui dénoncent l’héritage colonial et appellent à l’émancipation monétaire du continent.
Les perspectives d’avenir sont complexes et les défis nombreux. La transition vers de nouvelles monnaies, qu’elles soient nationales ou régionales, nécessite une préparation minutieuse pour éviter les chocs économiques et garantir la stabilité. La création d’une monnaie unique pour l’ensemble de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), également appelée Eco, est un projet ambitieux mais qui se heurte à des difficultés de convergence économique entre les pays membres. Au-delà des aspects techniques, le principal défi reste politique : il s’agit pour les dirigeants africains de s’affranchir définitiveement des logiques post-coloniales et de construire des institutions monétaires solides et crédibles, au service du développement économique et social du continent.